Zigiranyirazo condamné pour ses menaces de mort - La Presse (Montréal)
La Presse Montréal, samedi 31 juillet 1993 Lucie Côté Accusé d’avoir proféré des menaces de mort à l’endroit de deux de ses compatriotes rwandais réfugiés au Canada, à la station de métro Berri-UQAM, le 12 février dernier, Protais Zigiranyirazo a été reconnu coupable hier au palais de justice de Montréal et a été condamné à payer une amende de 5000$. Le juge Maximilien Polak, de la Cour du Québec, a ordonné que l’argent soit versé à l’organisme Oxfam-Québec pour soulager les souffrances des réfugiés rwandais membres de la minorité. Il était justement question du massacre de la minorité Tutsi lors de l’altercation de février entre l’accusé et ses deux victimes, Fidèle Makombe, président de la Ligue rwandaise des droits de l’homme, et Jean-Paul Kimonyo, coordonnateur du Collectif des associations rwandaises du Canada. Âgé de 55 ans, Protais Zigiranyirazo, ex-gouverneur d’une province, beau-frère du président rwandais Juvénal Habyarimana et étudiant en sciences politiques à l’UQAM, a reproché aux deux hommes de faire une campagne de salissage contre lui en le pointant comme responsable des escadrons de la mort et leur a déclaré : “Je vais vous tuer”. Le juge Polak, qui a souligné le comportement tendu et défensif de l’accusé pendant le procès, a qualifié son témoignage d’ “évasif, hésitant, contradictoire et pas franc”, a refusé de lui accorder l’absolution inconditionnelle demandée par son avocat Me Clément Monicrosso, qui avait parlé en défense de scénario monté contre son client. “Ce serait trop clément. je considère que des menaces ont été faites, il s’agit d’une offense tout de même très grave et je veux être certain que cela ne se répètera pas. On est au Canada et ici, ce genre de choses n’est pas toléré”, a déclaré le juge en s’adressant à l’accusé. “Je vais tout de même être clément parce que l’accusé n’a pas d’antécédents judiciaires”, a-t-il toutefois indiqué. Zigiranyirazo a donc reçu une sentence suspendue et est sous le coup d’une ordonnance de probation de 12 mois, assortie de certaines conditions : ne pas troubler l’ordre public et ne pas communiquer avec ses deux victimes. Puisque le juge ne lui a pas imposé de peine d’emprisonnement, Protais Zigiranyirazo est désormais libre de quitter le pays à sa guise, ce que craignent ses victimes, qui ont demandé au printemps au gouvernement d’enquêter sur son rôle de responsable des escadrons de la mort au Rwanda. “Nous aurions souhaité que Zigiranyirazo soit incarcéré jusqu’à ce que le ministère de la Justice prenne une décision, et nous demandons que cette décision, quelle qu’elle soit, soit prise dans les plus brefs délais, avant que Zigiranyirazo ne parte”, a déclaré hier Jean-Paul Kimonyo. Si le gouvernement accorde à la CRC la permission d’aller enquêter sur les agissements de Zigiranyirazo au Rwanda et que les allégations de crimes contre l’humanité avancées par la Ligue rwandaise des droits de l’homme et la Communauté rwandaise de Montréal s’avéraient fondées, Zigiranyirazo devrait nécessairement se trouver en sol canadien pour que des accusations soient portées contre lui.Zigiranyirazo condamné pour ses menaces de mort


