Appel pour la révision du procés de Protais Zigiranyirazo
Toutes les versions de cet article :
[English]
[Español]
[français]
[Kinyarwanda]

En 1994, était institué le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), en application de la convention de 1948 qui fixe comme objectif de « prévenir » les génocides. Au Rwanda, il ne s’agissait malheureusement plus de « prévenir ». Le crime avait déjà eu lieu. L’Organisation des nations unies, bien que « prévenue » de ce qui se préparait, n’avait rien fait pour l’empêcher. Il ne s’agissait plus, dès lors, que de sanctionner les responsables de ce crime imprescriptible.
Lundi dernier, 16 novembre 2009, quinze ans plus tard, un jugement d’appel était prononcé ordonnant la relaxe de Protais Zigiranyirazo, considéré comme le principal responsable de la préparation du génocide. On lui doit non seulement l’enrôlement des milices génocidaires mais la constitution de listes d’opposants au génocide à éliminer en priorité. Lors d’un précédent jugement déjà, le TPIR estimait que le coordonnateur du génocide, le colonel Théoneste Bagosora, n’avait pas à répondre de l’inculpation d’« entente en vue de commettre » ce crime. Considérant qu’il n’y avait pas eu d’entente préalable à l’exécution du crime, le TPIR pouvait effectivement tout aussi bien relaxer le principal responsable de cette phase « préparatoire », Protais Zigiranyirazo… Ainsi le tribunal international renie son mandat : désigné pour juger un génocide, il en nie le fondement constitutif, ayant suivi la défense dans ses conclusions à proprement parler négationnistes. Le 16 novembre 2009 restera-t-il comme une des dates les plus honteuses de l’histoire humaine ? Le 16 novembre 2009, Protais Zigiranyirazo a été relaxé par le tribunal pénal international d’Arusha, chargé d’examiner les responsabilités dans le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994. Autrement nommé « monsieur Z », Protais Zigiranyirazo est le frère aîné d’Agathe Habyarimana, veuve du Président décédé le 6 avril 1994. Monsieur Z est considéré comme le patron de ce qu’on a nommé « le clan de madame » ou « l’akazu » (la « petite maison » du Président). Il est aussi connu pour avoir dirigé ce qu’on aura appelé le « réseau zéro », au départ de l’organisation des milices génocidaires. Il est accusé également d’avoir appelé à des réunions de coordination du génocide, à Kigali, mais aussi dans la région de Gisenyi, sa préfecture d’origine. Dès le 8 avril 1994, Protais Zigiranyirazo dirigeait une expédition contre quelques milliers de Tutsi qui se réfugiaient sur une colline de la province de Gisenyi, pour ce qui peut être considéré comme un des premiers massacres génocidaires qui auront fait plus d’un million de morts en trois mois. Pendant le génocide, Protais Zigiranyirazo s’est distingué en ordonnant l’installation de barrages destinés à « filtrer » les Tutsi tout autour de ses diverses résidences, barrages dont il surveillait personnellement le fonctionnement. Si la justice internationale est incapable de juger les principaux responsables du plus grand crime, c’est le principe même du droit qui est atteint. Ecoutons Yolande Mukagasana, rescapée du génocide : « Nos ancêtres disent que nul ne fait procès à celui qui l’enterre. Mais ils disent aussi pour rester positifs : Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit par apparaître. » Nous, citoyens du monde et associations de citoyens concernées par le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994, demandons solennellement la révision de ce procès.


